L'assos

La Mda
l’info des jeunes, un tiers-lieu en devenir

Un reportage réalisé par Isabelle Leplat

C’est dans une petite rue à proximité de deux écoles secondaires, près du pont de Seraing, que la Mda – l’Info des jeunes, association membre du Centre d’Action Laïque de la Province de Liège, a élu domicile depuis une petite dizaine d’années. Une situation idéale qui permet aux jeunes qui le souhaitent de passer après les cours ou pendant une heure de fourche.

D’entrée de jeu, le lieu frappe par sa luminosité et la sérénité qu’il dégage. À droite et au fond, les ordinateurs du cyberespace sont occupés par des jeunes. Sur la gauche, deux ados se sont posés dans un petit salon cosy. Chacune dans un coin de cet espace, deux animatrices travaillent à leur bureau. Où qu’il pose le regard, le public trouve une personne de référence. Un agencement qui traduit à merveille les préoccupations de la MdA – l’Info des jeunes : proposer un cadre accueillant et offrir une place pour l’échange à quiconque pousse sa porte.

Depuis neuf ans, Stéphanie, dont le bureau se trouve après la porte d’entrée, accueille celles et ceux qui entrent avec un grand sourire. Parmi ses nombreuses tâches, elle anime des sessions d’éducation aux médias et d’éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle (EVRAS). Les thématiques abordées recoupent les relations interpersonnelles, le masculinisme mais aussi l’homophobie. « Ce sont des sujets assez délicats à discuter. Je laisse les participant·es s’exprimer et je rappelle, de manière bienveillante, les propos interdits par la loi. » Même si certaines opinions ne sont pas faciles à entendre. Pas question, donc, d’aller au clash et de rompre la discussion, mais bien de créer une relation de confiance. « J’utilise beaucoup l’humour. Je leur explique parfois qu’ils me font peur et qu’ils me brisent le cœur. »

Des permanent·es polyvalent·es

En 2018, une semaine d’animations sur les médias porte à l’attention de l’équipe que les outils datent et méritent d’être renouvelés. Stéphanie et son collègue Michaël se mettent à plancher sur un jeu qui suscitera des échanges sur des questions aussi variées que, notamment, le sexisme, l’homophobie, la sécurité et le harcèlement en ligne. Un an après naît Instagood, un superbe jeu de plateau qui se joue en équipe et réunit 15 joueurs au maximum. « C’est un outil qui est idéal pour les premières et deuxièmes secondaires » explique Michaël. « Nous sommes en train de développer une version à destination des élèves de primaire, sur une demande des ­enseignant·es que nous avons rencontré·es. Nous aimerions obtenir des subsides en ce sens. » C’est à deux que Stéphanie et Michaël animent les séances. Car s’il y a bien une caractéristique partagée par tous les membres de l’équipe, c’est la polyvalence.

La Mda met un cyberespace à disposition de quiconque en a besoin.

Ainsi, Michaël est infographiste de formation, mais ce n’est pas là son seul rôle. « Je m’occupe de la maintenance technologique et informatique, du montage des stands… J’ai aussi un CAP qui me permet d’animer. » Il propose également une aide à la mise en page ainsi que des sessions d’étude de la théorie pour le permis de conduire avec simulation d’examen. En plus, il investit la communication de la structure. En témoigne ce grand écran qui informe les jeunes des nouveautés ou des rendez-vous de l’association, mais aussi la tablette à la sortie qui permet de recueillir quelques données (âge, sujet traité et niveau de satisfaction) sur les usagers, sans pour autant trahir la confidentialité requise dans le cadre de l’accueil. « Parfois, les organes subsidiants nous demandent des informations contradictoires, et nous devons trouver des solutions pour combiner leurs exigences. »

Tina est la plus ancienne des employé·es de la Mda – l’Info des jeunes. Depuis 24 ans, elle a en charge l’aspect administratif du travail. « Je gère le secrétariat, la ­budgétisation et la justification financière des projets, les prestations et les salaires des employés ainsi que le payement des factures. » Son bureau à l’écart est un écrin de calme, et sa porte est toujours ouverte. « Les jeunes qui me connaissent viennent me saluer. Parfois, ils ferment la porte derrière eux parce qu’ils ont besoin de parler. Je leur propose quelquefois d’avoir recours à d’autres structures qui peuvent les aider ». Il lui arrive aussi de recevoir des parents qui cherchent de l’aide pour remplir des demandes de visas, par exemple. « Nous sommes aussi un peu des écrivains publics. » Sa douceur et sa capacité d’écoute en font une interlocutrice attentionnée. Toutefois, elle précise : « Je ne suis pas la seule à les accueillir. Chacune et chacun de nous remplissons ce rôle. À tel point qu’ils nous connaissent et reviennent quand ils en ont besoin. » Nizar, 20 ans, confirme : « La première fois que je suis venu, je devais avoir 14 ou 15 ans. Je me posais beaucoup de questions sur mon orientation scolaire. Et je suis revenu. Parce qu’il y a des choses que je peux dire ici dont je n’ai pas envie de parler à la maison. De plus, je peux être orienté vers d’autres services dont je pourrais avoir besoin. » Habitué du lieu, Nizar n’a pas manqué de conseiller l’endroit à ses copains.

La Mda propose également des animations spécifiques pour les groupes de jeunes. Ici à l’espace laïcité de Seraing.

Le bouche-à-oreille est sans conteste un excellent moyen de faire connaître l’association. Mais ce n’est pas le seul. Alix et Maud, les deux dernières arrivées, se rendent deux fois l’an dans les écoles lors des « Midis de l’info » pour présenter les services proposés par l’association. Mais pas seulement. « Nous organisons des speed-meetings dans une école du territoire, c’est-à-dire que nous rassemblons pendant une journée une dizaine d’associations sérésiennes d’aide à la jeunesse pour qu’elles se présentent aux élèves », explique Alix. Un moment qui renforce également la collaboration entre ces dernières. Maud complète : « La tournée des associations invite les jeunes à se rendre dans les associations qui peuvent les aider parce qu’il leur est parfois difficile de pousser une porte sans savoir à qui ils auront affaire. »

Comme pour leurs collègues, la polyvalence fait partie intégrante de leur quotidien. Alix aide les jeunes dans la rédaction de leur C.V. et de leur lettre de motivation pour trouver un job d’étudiant·e. « Je leur propose aussi de petits jeux de rôles pour simuler un dépôt de CV ou un entretien. Et je recherche des propositions de jobs pour les diffuser sur Instagram de manière accessible. » Pendant les vacances, elle organise aussi des journées dédiées à jouer avec ses propres jeux, l’association ne pouvant se permettre cette dépense. Le mois de juillet est marqué par les demandes de bourse à remplir. Maud est quant à elle la dernière à avoir intégré l’équipe. Elle met à profit ses connaissances en communication et en audiovisuel via le projet Tips on web, des petites capsules vidéo éducatives réalisées par des jeunes à destination d’autres jeunes en collaboration avec le SAS Compas-Format. « Nous avons vu avec eux les aspects théoriques de la vidéo puis ils ont écrit, filmé et monté le tout ». Le résultat est visible sur Instagram.

La polyvalence fait partie intégrante de leur quotidien.

L’argent, le nerf de la guerre

Pour Evelyne Gertsmans, coordinatrice, c’est une grande richesse de travailler avec des collègues qui ont de l’ancienneté et qui connaissent l’association et les projets, mais aussi des jeunes qui amènent un vent de fraîcheur en étant proches des préoccupations de leur public, notamment dans l’utilisation des réseaux sociaux. « Malheureusement, même si Alix et Maud ont un excellent contact avec les jeunes et sont parfaitement intégrées à l’équipe, je ne peux pas les garder sur le long terme. C’est vraiment dommage parce que les jeunes ont besoin d’un référent stable », se désole-t-elle. En cause : le système d’aides à l’emploi.

L’ambiance familiale et chaleureuse qui règne dans l’équipe déteint sur les interactions avec les jeunes.

En ce qui concerne l’obtention de subsides, le nombre de sources a diminué comme une peau de chagrin : « ­Aujourd’hui, nous devons absolument inscrire nos projets dans un appel lancé par la plateforme unique de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Alors qu’auparavant, nous pouvions introduire une demande de subvention libre pour un projet de notre choix », regrette-t-elle. Il s’agit donc, par exemple, de faire rentrer la réédition d’Instagood et un voyage pour la mémoire dans un appel lancé par les pouvoirs subsidiants. Heureusement, l’association peut compter sur le soutien de ses partenaires de longue date tels que la Ville de Seraing, la Province et le Centre d’Action Laïque de la Province de Liège. « J’ai une équipe formidable. La preuve : mes collègues ont accepté de réduire leur salaire pour que l’association reste viable ! », explique-t-elle avec émotion.

Quoiqu’il en soit, la mission première, à savoir fournir une information fiable aux jeunes dans tous les domaines qui les concernent, est toujours remplie avec autant d’attention et de rigueur. Même si, depuis environ un an et demi, les adolescent·es viennent aussi pour se poser, discuter, débattre entre eux de différents sujets. « Nous sommes en train de devenir un vrai tiers-lieu ! », constatent les membres de l’équipe. Un changement induit par l’ambiance familiale et chaleureuse qui règne dans l’équipe et qui déteint immanquablement sur les relations qu’ils et elles entretiennent avec les adolescents et jeunes adultes.

L’après-midi touche à sa fin. Cyrille, 17 ans, peaufine la mise en page de son travail de fin d’études. Il aime venir pour y trouver du calme, une ambiance studieuse mais aussi un endroit où il peut souffler. Pendant ce temps, les collègues se munissent de balais, produit nettoyant et aspirateur. « Nous n’avons plus de fonds pour engager une personne pour s’occuper de la maintenance », sourient Alix et Maud. Polyvalent·es, sans aucun doute ! 

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