Tantôt décrite comme désengagée, individualiste, hyperconnectée ou trop sensible, tantôt célébrée pour sa créativité, sa lucidité ou sa capacité à basculer les normes, le regard que notre société porte sur la jeunesse oscille entre fascination et inquiétude. Les clichés abondent, les stéréotypes persistent. Pourtant, derrière ceux-ci se dessine une réalité complexe, plurielle : celle d’une génération qui nous oblige à sortir de nos certitudes, nous invite à regarder le monde autrement, à revoir nos cadres et nos évidences.
Ce deuxième numéro d’En commun consacre son dossier à la jeunesse, en donnant à voir la diversité des réalités, parfois méconnues, souvent sous-estimées, qu’elle traverse aujourd’hui en Wallonie et à Bruxelles : la précarité étudiante qui explose, l’impact de la hausse du minerval sur l’accès aux études, les transformations profondes du rapport à l’information à l’ère des plateformes numériques, la situation des jeunes aidants proches et des lourdes responsabilités qu’ils portent souvent seuls, mais aussi ce pour quoi ils s’engagent et leur rapport à la politique. À travers des analyses, des témoignages et des éclairages issus du terrain, un même fil rouge apparaît : celui d’une génération sommée de tenir debout dans un monde qui vacille. À travers ces regards croisés, En commun interroge ce que nos sociétés exigent de leur jeunesse et ce qu’elles devraient, au contraire, lui garantir.
Parce que le mouvement laïque reconnaît les jeunes comme des actrices et des acteurs légitimes, compétents et pleinement engagés dans le débat public, il entend leur offrir, au sein du mouvement, une place toute particulière où se combinent à la fois émancipation et esprit critique. L’organisation de la Fête laïque de la Jeunesse, de la journée Libres ensemble Jeunesse, de nombreux moments d’animations et de débats, la mise en place d’écoles de devoirs constituent autant d’initiatives visant à les outiller pour penser par eux-mêmes, pour décoder la société et y prendre part.
Le monde d’aujourd’hui n’offre pas aux jeunes des perspectives réjouissantes : crise climatique, tensions politiques, économie instable, informations incessantes, incertitudes… Sur leurs seules épaules ne doit pas reposer la responsabilité du changement. À nous, collectivement, de créer les conditions d’un avenir qui leur permette de vivre, de s’épanouir, de se projeter, de créer : une société d’entraide qui ouvre l’accès aux savoirs, qui offre des horizons possibles, qui reconnaît leur place et leur puissance d’agir ; une société où les valeurs que nous portons — celles de liberté, d’égalité et de solidarité —, demeurent le socle commun de notre humanité.
