L'édito

Penser la paix au-delà des évidences

Par Véronique Limère,
présidente du Centre d'Action Laïque de la Province de Liège

La guerre ! Difficile de ne pas y penser. Les images de conflits armés saturent nos écrans : Ukraine, Gaza, Iran, Congo, Venezuela… La guerre s’impose partout. Beaucoup la redoutent, certains s’en félicitent. On reparle de conscription, de service militaire, de réarmement. Vivre en paix serait-il devenu une utopie ?

Pourtant, personne n’est contre la paix. Elle est l’objectif des pacifistes, la mission des diplomates, l’exigence des populations civiles et, on l’oublie parfois, le premier argument de vente des marchands d’armes : qui veut la paix, prépare la guerre… C’est aussi la raison pour laquelle le ministère chargé de la guerre est celui de la défense. C’est même l’alibi de bien des interventions armées ! Amener la démocratie, pacifier un conflit international, libérer un peuple… avec des armes, des tanks, des bombardements.

Mais la guerre n’est pas une activité anodine. Dans quel état sortent les pays qui les ont menées ? Quel est son coût économique, humain, environnemental, même pour le vainqueur ? Une guerre détruit, épuise, consume : les infrastructures, les ressources naturelles, les droits humains mais aussi d’autres essentiels comme la solidarité, l’espoir pour l’avenir ou la simple possibilité de s’endormir sans craindre de ne pas voir le lendemain. Autant de considérations souvent laissées de côté dans les débats.

« (…) Et si la guerre, comme les épidémies, n’était pas une fatalité ? »

Et si la guerre, comme les épidémies, n’était pas une fatalité ? Si l’on pouvait se vacciner contre les conflits armés ? Ce n’est pas un doux rêve : c’est précisément ce que l’Europe a tenté à la sortie de la Seconde Guerre mondiale, avec succès. Pendant plusieurs décennies, les institutions mises en place à cette occasion ont permis une paix relative sur le continent. Les politiques communes, le commerce, la culture, l’ouverture des frontières, les échanges entre les peuples ont apaisé les tensions et rendu possible une période durable de paix et de prospérité.

Depuis, les discours politiques se sont progressivement durcis, les positions sont devenues de plus en plus clivantes et les ressources naturelles de plus en plus rares. L’époque semble être aux va-t-en-guerre et aux marchands d’armes.

Une paix durable, profitable à toutes et à tous, est-elle encore possible ? À quoi ressemblerait-elle ? Qui la souhaite, qui la redoute ? Quels outils avons-nous pour la bâtir ? L’école, certainement dans sa mission de coopération et de vivre ensemble. Autant de questions abordées au cours des pages de ce numéro : le débat est ouvert.