Dire non à la guerre, à l’armée et à la légitimité de la violence est souvent vu comme une absence de position, un refus d’agir, une forme de passivité. Mais l’histoire de ces idées et de ces mouvements tord le cou à ce lieu commun : refuser la guerre, l’armée et la légitimité de la violence, c’est un projet politique, exigeant des efforts, des risques et comptant ses martyrs. Après tout, la peine encourue pour désertion est la fusillade.
Le pacifisme est d’abord une position philosophique : la violence est la pire façon de résoudre les conflits. Elle détruit la santé et les ressources du vainqueur comme du perdant, provoque de la peine et de la misère, crée un ressentiment qui mène à la vengeance et perpétue les cycles de violence. Le pacifisme pointe le court terme d’une résolution violente, contre le côté pérenne d’une résolution pacifique. Il fait partie des outils conceptuels de l’humanité depuis que les humains parlent et écrivent : on en trouve trace dans les doctrines de nombreuses religions anciennes.
La non-violence désigne à l’origine un refus d’utiliser la force comme méthode de résolution de conflit. Mais le plus souvent, le terme désigne une technique de lutte sociale synonyme du pacifisme. Face à la répression physique, elle consiste à s’exposer volontairement, afin d’exposer le vrai visage de la violence et provoquer une réaction chez les témoins et parfois chez les quelques tortionnaires encore doués de conscience. Il s’agit de démontrer par les faits, viscéralement, que l’autorité qui s’en prend à l’intégrité physique des opposant·es est injuste. Cette forme de résistance apparaît spontanément durant toute l’histoire humaine. C’est l’application concrète du pacifisme face à un oppresseur qui, lui, ne l’est pas.
Comment empêcher les guerres de se produire ? C’est la question que pose l’antimilitarisme, qui refuse le conflit armé entre nations comme outil légitime. Il s’agit, non pas de (se) laisser faire, mais d’organiser une société où la guerre devient inutile, inenvisageable, indésirable. De mettre en place la protection du pays sans recourir à la force militaire. De refuser la militarisation de la vie civile. Sur la scène internationale, ce refus s’exprime par la fédération, le commerce, la convergence des intérêts, le refus des gouvernements autoritaires… mais aussi, au sein de ses propres frontières, par des campagnes politiques, des grèves, des blocages, de la désobéissance civile ou du sabotage. Dans une société qui considère la guerre comme inévitable, l’antimilitarisme est un acte de rébellion.
Trois courants, trois mouvements qui rappellent la même chose à travers les siècles : la violence n’est pas une fatalité, cette inclinaison à la violence n’a rien de rationnel et les conséquences de la violence ne sont jamais celles que l’on espère. Elle ne profite jamais qu’à quelques-uns : les plus privilégiés, qui restent loin des champs de bataille. Loin d’être gravée dans cette prétendue « nature humaine », la violence est un choix politique qui nous appartient. Nous pouvons lui mener la vie dure, et peut-être la chasser des normes de notre société.