Depuis le 1er janvier 2024, la Belgique a profondément réformé le statut d’artiste, désormais appelé statut du travailleur des arts. Cette réforme, adoptée par le précédent gouvernement fédéral, vise à mieux sécuriser les parcours souvent précaires des travailleuses et travailleurs de la culture. En reconnaissant les spécificités du travail artistique – contrats courts, projets ponctuels, périodes sans revenus… – elle entend garantir un meilleur accès à la sécurité sociale, notamment aux allocations de chômage, tout en encourageant la création et la diversité culturelle dans le pays. Si le statut n’est pas parfait, il constitue néanmoins un soutien important en vue de permettre aux artistes de développer leurs projets.
Ce nouveau dispositif concerne plusieurs milliers de personnes : environ 8 000 artistes, technicien·nes, acteurs et actrices culturelles, issus du spectacle vivant, des arts plastiques, de l’audiovisuel, de la musique et de bien d’autres disciplines.
Cependant, depuis plusieurs mois, une forte inquiétude agite le secteur. Le gouvernement Arizona, qui a fait de la réforme des allocations de chômage une de ses priorités, a instauré un système uniforme de limitation de celles-ci à maximum deux ans pour tous les demandeuses et demandeurs d’emploi, avec une exception réservée aux métiers en pénurie et certains métiers de la santé notamment. Une limitation qui est donc susceptible de nuire particulièrement aux artistes, dont les carrières sont intrinsèquement irrégulières et dépendantes de projets ponctuels.
Si le ministre de l’Emploi, David Clarinval, a finalement assuré au printemps dernier, sous la pression des mobilisations syndicales et associatives, que le statut d’artiste serait maintenu, le secteur demeure vigilant. La situation reste fragile, d’autant que d’autres mesures sociales ou budgétaires pourraient l’affecter indirectement.
À titre d’exemple, les mesures prévues concernant les pensions – notamment un allongement des carrières nécessaires pour bénéficier d’une pension complète, la réduction des périodes assimilées, le nombre de jours de travail effectif par an nécessaire – pourraient fragiliser davantage les artistes dont les carrières sont discontinues et souvent marquées par des périodes sans revenus. La révision du système de la TVA – un projet aujourd’hui abandonné au niveau culturel – les coupes budgétaires des budgets affectés aux programmes culturels par les différents niveaux de pouvoir – plusieurs villes ont déjà dû revoir à la baisse leur soutien aux projets culturels locaux – sont autant de mesures rendant la carrière artistique précaire et incertaine.
Dans un contexte marqué par les crises et l’incertitude, la protection du statut des travailleur·es des arts, tout comme la garantie de leur liberté artistique ainsi que la valorisation de la culture comme bien essentiel, outil d’émancipation et pilier de la démocratie, doivent rester des priorités. Plus largement, au-delà du seul statut, c’est l’ensemble du secteur culturel qu’il nous appartient de soutenir et de promouvoir, aujourd’hui plus que jamais.