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Festival Paroles d’humains : 25 ans et toujours fringant !

Un reportage réalisé par Isabelle Leplat

Lundi 26 janvier, 19h15. Pour la 25e année, le Centre culturel de Soumagne accueille un des nombreux spectacles du festival Paroles d’humains. Les bénévoles du festival arrivent peu à peu avant l’arrivée des spectateur·rices. Ce soir, le rideau se lève à 20 h.

Dès leur entrée, toutes et tous se saluent et papotent joyeusement en s’installant à leurs postes. Certaines préparent le coin de vente des tickets boisson, d’autres gèrent les réservations. En cuisine, Liliane, Monique et Anne-Marie préparent le repas pour l’équipe technique. Comme chaque jour, les restauratrices en herbe réchauffent les plats et les peaufinent. « Tous les soirs, je cuisine pour 12 à 20 personnes. Je prépare les plats chez moi, et nous les réchauffons sur place » explique Liliane Donnay. « En général, je confectionne des plats uniques, mais il arrive que nous recevions des demandes particulières comme, par exemple, un menu quatre services. Nous tenons aussi compte des exigences alimentaires des végétarien·nes, des végan·es, des personnes allergiques… » Ce fonctionnement a permis de diminuer les coûts des frais de bouche. Anne-Marie et Monique, quant à elles, s’occupent des courses mais aussi du placement dans la salle. Grandes fans de théâtre, elles profitent également des spectacles. Ainsi Monique, qui possède plusieurs abonnements, a découvert le festival grâce à sa passion pour l’art de la scène et donne désormais un coup de main.

Pendant ce temps, Thomas Spits passe de groupe en groupe pour vérifier que la mécanique bien huilée roule parfaitement. Chef de projet artistique du festival, il en est, dans les faits, l’une des chevilles ouvrières. Véritable couteau suisse, il ne sait où donner de la tête pendant cette période festivalière. « Je gère le courrier, les contrats et les plannings, je paie les factures, je m’assure que les fiches techniques des artistes sont transmises aux centres culturels, j’encode les données des spectacles dès qu’ils ont eu lieu pour justifier les subsides. »

Originaire de Herve, il a accumulé les jobs d’étudiant dans le milieu du divertissement et a toujours souhaité travailler dans le domaine artistique. Depuis 2011, date de son entrée en fonction, son agenda annuel est rythmé par l’organisation du festival : « À l’automne commence la préparation de la promotion, la mise en place du système de billetterie et la coordination avec les équipes artistiques. En janvier et février, le festival bat son plein. En mars, nous nous occupons du travail administratif, tel que remplir les dossiers de justification de subsides, déclarer les droits d’auteurs et assurer le suivi des factures. Arrive alors le mois de mai, où je prends le temps de préparer l’assemblée générale et d’achever ce qui doit l’être. En juillet et août, le festival est en pause. Puis, avec la rentrée de septembre, vient le temps d’organiser l’édition suivante. »

Un soutien associatif laïque

Cette année s’est déroulée la 25e édition. « Je ne pensais pas du tout arriver à 25 ans de festival ! » explique Patrick Donnay, directeur artistique du festival. Au départ, il a été mis sur pied pour marquer le centième anniversaire de la Ligue des droits de l’Homme (ndlr : aujourd’hui Ligue des droits humains). Des subsides avaient été alloués par la Région wallonne aux associations désireuses de marquer le coup. « Nous avions obtenu un petit budget, et nous avions organisé trois semaines d’activités, l’une en janvier, l’une en février et la dernière en mars. Pour relancer la communication, c’était terrible ! Il y avait quelques spectacles, des projections de films, des conférences et quelques concerts » se souvient Patrick. Ce premier essai génère un petit budget, à tel point que les organisateur·rices décident de reconduire l’expérience l’année suivante.

Patrick Donnay, directeur artistique, rêvait d’un festival empreint de valeurs humanistes.
Evelyne Daniel, présidente, a d’emblée emboîté le pas avec le Comité d’Action Laïque de Soumagne et d’autres associations laïques.

Dès le départ, Patrick Donnay se tourne vers des associations locales pour trouver ses partenaires. Parmi elles, des organisations laïques : « Je me suis tourné vers le Comité d’Action Laïque de Herve, et puis celui de Soumagne. Je leur ai expliqué que je rêvais de spectacles engagés, porteurs de valeurs humanistes, et ils ont emboîté le pas avec enthousiasme. » Evelyne Daniel, présidente de l’asbl Paroles d’humains, confirme : « Nous avons immédiatement été séduits par ce projet qui allie valeurs, arts de la scène et éducation permanente. » Paroles d’Hommes était né.

Les finances : perpétuelle incertitude

Au fil du temps, le festival acquiert une solide réputation dans le paysage culturel verviétois. « Mon idée était de monter un festival voyageur dans les différentes salles de tailles variées de l’arrondissement de Verviers : Soumagne peut accueillir 196 personnes, Malmedy, 700 et Welkenraedt, 580 », se rappelle Patrick Donnay. Des capacités qui, depuis les années 2010, ont permis d’accueillir des têtes d’affiche, comme ce fut le cas avec Grand Corps Malade ou Maxime Leforestier. Et depuis 2014, La Cité Miroir accueille une décentralisation du festival. Le Centre d’Action Laïque de la Province de Liège figurant en effet parmi les soutiens de la première heure, c’est tout naturellement que le partenariat s’est prolongé lorsque l’association s’est installée dans le bâtiment. En 2024, nouvelle étape : le festival devient Paroles d’humains et s’affilie au Centre d’Action Laïque de la Province de Liège. « Le changement de cap du mouvement laïque, qui s’est doté d’une nouvelle définition de la laïcité, a permis cette démarche qui pouvait auparavant freiner certaines associations se réclamant d’autres options philosophiques. Je précise que nous partageons évidemment le même socle de valeurs, c’est-à-dire la défense des droits humains et du libre examen », explique Evelyne Daniel.

Aujourd’hui, le festival compte entre 8 000 et 10 000 entrées par édition. En 2026, il a proposé 27 spectacles. Cerise sur le gâteau : il a également fidélisé une grande partie de son public qui bouge d’un lieu à l’autre. Pour preuve : quelque 250 abonnements se sont écoulés cette année. « Certaines personnes achètent des abonnements pour tous les membres de leur famille, et ce pour un nombre de spectacles qui varie entre 5 et 9 ! », se réjouit Thomas Spits.

Les bénévoles, dont la plupart sont des fidèles de la première heure, sont absolument indispensables au bon déroulement du festival.

Pour autant, le succès croissant des spectacles ne garantit pas l’attribution de subsides. Le financement reste en effet l’une des grandes incertitudes de l’organisation. « Au bout de 25 ans, nous recevons 50 000 euros de la Fédération Wallonie-Bruxelles, alors que nous en espérions le double a minima », regrette Patrick Donnay. Des partenaires privés fournissent également un support non négligeable, financier ou matériel. Une situation qui confirme l’importance vitale de l’investissement de l’équipe de bénévoles, dont la grande majorité est présente depuis les débuts.

Naissance d’une vocation

19h45. Les portes de la salle s’ouvrent. Marcel est, comme à l’accoutumée, présent pour scanner les tickets. Il salue les habitués avec bonhommie. Dans un coin, David Murgia, une bière en main, a pris le temps d’une conversation avant le spectacle. Dans 15 minutes, il sera sur scène pour présenter Rumba, dernière pièce de La Trilogie des pauvres diables, amorcée avec Laïka et Pueblo. Cette soirée marque sa onzième participation au festival. « C’est toujours particulier de jouer à Soumagne parce que c’est l’un des terrains où j’ai grandi. Quand je raconte une histoire, je visualise des images de ma vie pour mieux les raconter », sourit-il. Certains de ces instantanés proviennent donc de la région. Plus encore : il nous confie que sa vocation est née alors qu’il était spectateur du festival. « La première fois que je suis allé au théâtre de ma vie, c’était à Herve, dans le cadre du festival Parole d’Hommes. J’étais scolarisé à l’Athénée de Soumagne, et notre professeur de morale, Christian Maquet, à qui j’aimerais rendre hommage ici, nous avait emmenés. L’idée était de retravailler cette pièce à l’école. C’était un texte de Dario Fo, qui s’inscrit dans un théâtre de l’oralité, dans la même veine que ce que je pratique aujourd’hui. » Une expérience atypique pour le jeune homme, dont le seul contact avec le milieu culturel se limitait à la télévision, et qui débouchera sur la carrière que l’on connaît.

Il est temps maintenant pour David Murgia de monter sur scène. Les ouvreuses volontaires terminent de placer les personnes qui n’ont pas encore trouvé de siège. Car ce soir, la salle est remplie. Comme d’autres soirs, d’ailleurs. Patrick Donnay monte sur scène pour, à son habitude, introduire le spectacle. Et c’est sous les applaudissements nourris que s’ouvre le rideau. Place à la magie !